À propos

Fondé en 2011 par Estelle Kieffer, La plage horaire est un organisme (ou organe) de recherches artistiques installé à Poitiers. Questionner la mise en relation de l’espace, du temps et du corps constitue l’essence de son existence.

Parcours

Estelle Kieffer vit et travaille actuellement à Poitiers.

A l’issue d’un cursus à l’Université des Sciences Humaines Marc Bloch de Strasbourg, elle obtient en 1997 une maîtrise d’arts plastiques (Mention : très bien) dont le mémoire de recherches  » Poussières bricolées : à peine visibles »  est dirigé par Germain Roesz et Jean-François Robic.

Démarche : L’observation comme motif artistique

S’interroger sur la place et le rôle de ce qui est communément considéré comme dérisoire par opposition à la stupeur parfois pétrifiante des objets qui s’imposent au regard et par analogie aux démarches scientifiques ou pré-scientifiques qui impliquent l’observation des détails qui se manifestent sur ou sous les surfaces comme celles du jardinier, du paysagiste, du médecin, du botaniste, de l’entomologiste, de l’archéologue, du sismologue, du géologue…

Ce processus de création est nourri par une croyance : la richesse du dérisoire. Ces petites choses légères, ces riens qui apparaissent à force d’observation, d’exploration et de sérendipité. On y compte les simili-graffitis (rayures involontaires, usures des surfaces), les éclats, les rayures , les fissures, les aspérités, les craquelures, les taches, les anfractuosités, les petits cailloux dans la chaussure, les débris, les petits objets égarés qui témoignent de la transformation, plus précisément de l’altération délicate et clandestine du lieu . À la manière des archéologues qui portent une attention particulière au fragment, au petit objet que l’individu ordinaire ignore, il s’agit de repérer cet ensemble de signes potentiels, de traces et d’empreintes avec lesquels s’instaure un jeu d’ hypothèses fantasmées sur l’origine de leur présence. La fiction qui se trame cherche à installer le doute entre ce qui était déjà là et ce qui a été transformé et ainsi définir l’espace d’exposition comme un lieu doté de mémoire. Ne surtout pas à occulter le passé du lieu en y imposant une réalisation qui capterait toute l’attention du regardeur. Se tenir à l’écoute des signes infimes pour que l’espace et le temps se lèvent ( cf. Daniel Arasse précise, dans Histoires de peintures (2006), que contemplé un certain temps, le tableau se lève.)

Donner corps à l’espace, rendre compte de flux, de réseaux, de forces qui se donnent à voir.
Les craquelures, les aspérités de la matière inerte des surfaces des murs, du sol, du plafond initialement présents dans le lieu ainsi que leurs positions relatives renvoient à une singularité qui assure son identification. Le caractère inerte des surfaces du lieu est contredit : les détails sont les manifestations visibles d’un réseau de tensions qui laissent transparaître une vie passée et présente.
Mettre en jeu une archéologie émotionnelle à travers un geste qui prélève, gratte, griffe, noue, perce, assemble… pour mettre à jour ce qui affleure. Atteindre ce qui se passe juste sur et sous la surface, en sublimant les signes qui indiquent sa porosité, sa fragilité, sa délicatesse. Grâce à l’ajout ou au retrait de matière, cette quête consiste à faire passer des marques insignifiantes, dérisoires à l’état de signes remarquables (comme le sont les grains de beauté et les cicatrices de la peau).

Les opérations ainsi conduites sont la mémoire de déambulations attentives et attentionnées dans cet espace qui s’apparente progressivement à un corps-paysage.

Les installations confrontent le visiteur au dépouillement, qui, s’il le souhaite, pourra déclencher des déambulations motivées par sa propre curiosité, et ainsi l’espace prendra corps une deuxième fois et ceci selon l’envie puisque le positionnement des pièces dans l’espace n’indique pas de sens de visite. Immergé dans l’installation, le regardeur se confronte à sa faculté d’observation, il passe tour à tour du détail, au vide, à une vue d’ensemble. Il fait l’expérience des intervalles entre les multiples ponctuations visuelles, ainsi le vide définit le plein et respectivement. Le dérisoire met en mouvement les corps des visiteurs qui se penchent, s’inclinent, se redressent : sont-ils alors essentiellement présents ?

Publicités